A table ! – Atelier à Evry 12/11

Prenez 7 ados de 12 à 14 ans, mettez les dans une cuisine avec des légumes de saison, des planches à découper et des ustensiles de cuisine, et proposez leur de réaliser un « apéro légumes » en taillant des bâtonnets de fenouil, de carottes, de céleri branche et de radis noirs, ainsi que des petits bouquets de chou fleur et de brocoli, avec des sauces à base de fromage blanc, de citron pressé et de graines grillées et un tartare d’algues.

Vous vous retrouvez rapidement dans une ruche animée et joyeuse où chacun prend des initiatives, partage ses outils, apporte de l’aide aux copains pour discuter de la taille des bâtonnets de légumes crus, goute l’assaisonnement de la sauce au fromage blanc (Lolade à Amina : « Goûte, c’est un truc de ouf »).
Plaisir de passer à table dans la foulée pour déguster les réalisations de chacun et découvrir de nouvelles saveurs avec curiosité et enthousiasme.
Ce moment de partage est de convivialité a suivi une présentation plus théorique sur les fondamentaux du « bien manger ». En premier lieu, nous avions rappelé la structuration des repas au cours de la journée et discuté notamment du sens de l’adjectif « petit » dans le mot « petit-déjeuner ».

Alors que la théorie semblait être comprise de tous, surprise au moment de passer à un exercice pratique qui consistait à composer les menus d’une journée entière, ou l’élève invitait ses amis pour son anniversaire. Une élève a ainsi dressé une longue liste d’aliments : des chips, des gâteaux apéritifs, des frites et des kebabs, des sodas. Ces aliments étaient destinés à être consommés tout au long de la journée, bref à être « grignotés » et non pas à être consommés au cours de « vrais repas » ! Provocation ou reflet de la réalité ?

Une autre élève avait noté, dans la liste des repas de la journée, « Flunch, KFC et Mac Do ! », à la place du nom de plats . Son argument : « que chacun puisse choisir ce qui lui plait ! ». Il est vrai que la consigne était de composer des « repas d’anniversaire bons et équilibrés ». (Selon une étude réalisée par le sociologue de l’alimentation Jean-Pierre Corbeau, 68% des jeunes de 15 à 25 ans se rendent au moins une fois par semaine au fast-food, 24% au moins une fois par mois et 8% jamais)

Les comportements de ces deux jeunes filles ne sont pas isolés. Les prises alimentaires des ados sont souvent fragmentées (le grignotage) et individualisées (chacun mange ce qu’il veut, et le contenu de l’assiette n’est pas forcément le même que celui des autres des autres commensaux).
Redonner le goût de manger bon et sain est nécessaire mais redonner le goût de passer à table pour partager des repas avec d’autres est certainement une autre urgence !

Anne Didier Pétremant – Décembre 2011