Symposium de l’IFN sur les allergies alimentaires -(Sept 2010)

Vous avez dit allergique ?
l’IFN (Institut Français pour la Nutrition) organisait ce mardi 21 septembre 2010, en partenariat avec le département Alimentation Humaine de l’INRA, un symposium sur les allergies alimentaires. En France, 3,2% de la population souffre d’allergie alimentaire. Les enfants de 1 à 6 ans et les personnes âgées sont les plus touchées. 60 à 80 personnes meurent chaque année d’une allergie alimentaire. Les allergies croisées (par exemple pollen + aliment) sont de plus en plus complexes à soigner.

A la question « Avez-vous déjà présenté une réaction fâcheuse à un aliment ? » 30% de la population répond « oui ». Difficile de démêler allergie ou intolérance à un aliment et le simple rejet de celui-ci pour des raisons de goût… « L’allergie alimentaire est liée à des réponses immunologiques vis à vis d’allergènes alimentaires, qui sont des protéines » (Denise-Anne Moneret-Vautrin, Université de Nancy I).

La matinée de ce symposium fut consacrée à des présentations scientifiques, l’après midi fut l’occasion d’aborder les aspects sociétaux de l’allergie : réglementation et étiquetage, plaidoyer des consommateurs allergiques et intolérants (notamment les personnes souffrant d’une maladie cœliaque, une intolérance au gluten) et engagements des industriels pour produire des aliments « sans » allergènes.

Les allergènes incriminés sont, par ordre de fréquence décroissante, les fruits à coque, l’arachide, les crustacés et mollusques, les fruits, les céréales (surtout le blé), les légumineuses (surtout le lupin et le soja), les légumes, le lait de vache, les viandes et abats, le sarrasin, les laits de chèvre et brebis. Ces catégories représentent 90% des anaphylaxies sévères.

Comment prévenir les allergies alimentaires chez l’enfant ?

« Jusqu’à récemment, la prévention primaire de l’allergie reposait sur l’éviction. Il était recommandé de retarder le plus possible l’introduction des aliments les plus allergisants. Aujourd’hui la prévention passerait davantage par l’acquisition de tolérance à un allergène que par son éviction ou à son retard d’introduction » a expliqué le Docteur Evelyne Paty, pédiatre-allergologue à l’hôpital Necker (Paris) qui insiste sur le rôle clef de l’allaitement pour limiter les risques d’allergie.

On apprend également que les manifestations cliniques de l’allergie au même aliment sont différentes en fonction de la situation géographique. « Ainsi une pomme cultivée au sud ou au nord n’aura pas les mêmes teneurs en allergènes » explique Montserrat Fernandez Rivas, Hospital clinico San Carlos à Madrid. « Différentes conditions environnementales – principalement l’exposition à différents pollens -peuvent modifier les mécanismes de sensibilisation aux aliments végétaux et les allergènes impliqués ».

L’étiquetage alimentaire, correct dans 85% des cas

L’obligation d’étiquetage concerne une liste de 14 allergènes. « Cette liste doit être systématiquement amendée en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques », explique Nicole Coutrelis, avocat. « La réglementation en matière d’étiquetage comporte des lacunes, par exemple pour les denrées vendues non préemballées, l’indication des ingrédients n’est pas obligatoire en dehors de la dénomination de la denrée et, le cas échéant, de la présence d’édulcorants ». Par ailleurs, Maître Coutrelis précise que « la réglementation ne rend l’étiquetage obligatoire que pour les substances volontairement incorporées dans la denrées. Les éventuelles contaminations croisées, survenues pendant le processus de fabrication, ne relèvent pas de cette réglementation ».

Pour la liste des allergènes :

http://www.economie.gouv.fr/directions_services/dgccrf/documentation/fiches_pratiques/fiches/allergenes.htm

Les « allergies à mourir » et « les allergies à bien vivre » : attentes des consommateurs et démarches des industriels

Yanne Boloh a fondé une association de personnes allergiques et intolérantes. Atopique et mère de 4 enfants atopiques, cette sociologue milite pour une prise en compte effective et sereine des consommateurs porteurs d’allergies alimentaires. Tombée dans le langage courant, « je suis allergique à mon prof ou à la pluie », l’allergie déclenche toutes sortes de réactions de « c’est très grave », « on meurt en respirant l’arôme de la cuisson », à « ce n’est rien, deux petits boutons ne vont tuer personne » ou « arrête donc de t’écouter ». Yanne Boloh milite pour un étiquetage alimentaire le plus large possible, notamment dans toutes les occasions de consommation.

Comment les industriels répondent ils à ces exigences ? Deux « industrielles », Catherine Peigney, directrice de la sécurité alimentaire de NUTRIXO présente comment son groupe industriel meunier de première transformation a mis en place une procédure extrêmement rigoureuse de « maitrise des allergènes » , de la conception des équipements, aux achats, stockage et flux, planification, fabrication, nettoyage, formation du personnel etc..
Autre exemple de démarche de prise en compte des besoins d’allergiques, celle de l’entreprise CLARELIA, à Montpellier, qui fabrique des produits à composition garantie « sans allergènes ». Une soixantaine d’ingrédients habituellement utilisés dans les recettes ont été évincés pour proposer des menus sûrs pour les collectivités (notamment pour les élèves bénéficiant de PAI, Projets d’Accueil Individualisés)

Pour plus d’informations sur l’IFN (Institut Français pour la Nutrition), organisateur de ce symposium : http://www.ifn.asso.fr

Anne Didier Pétremant
De mon assiette à notre planète
anne-petremant@orange.fr
22 septembre 2010